mardi 17 février 2009

L'oiseau en cage

La rage se soulève sous la pluie d’un ennui brutal. Un jour lourd sous un ciel baudelairien, un soleil mort.
La chambre est petite et mal éclairée. Le parquet craque. Une folle échevelée regarde par de petits carreaux rectilignes la cime d’un grand sapin, raide et froid. Elle ne bouge pas, son regard est fixe. Derrière l’arbre massif, il y a un jardin, un grand jardin laissé à l’abandon où poussent les mauvaises herbes couchées par les longues pluies de l’hiver, une immensité sans vie. Et le regard, au risque de se perdre, se fixe, seul, sur le sapin uniforme.
Elle a la bouche entrouverte. Dans le silence qui l’entoure résonne le râle de sa respiration régulière et profonde. La solitude est une muselière aux harnais infaillibles. Sur une table en bois, à l’arrière de la pièce sont disposés quelques dessins aux traits violents et aux couleurs tourmentées par des jeux d’ombres et de reflets : ils représentent les branches d’un sapin difforme. Sinon, rien. Rien que des crayons de couleurs et quelques dessins. Puis le vide désert. Des murs blancs, des draps blancs, une vieille table et derrière les barreaux de la fenêtre, le grand sapin qui domine le parc.
La pièce est totalement insonore. Tout paraît calme, trop calme, presque indolore et la puissance des hurlements internes de la pauvre folle échevelée ne parvient pas à traverser la fenêtre close ni à toucher l’arbre solitaire.
Sur une branche, un moineau chantonne sous la pluie. Il secoue ses plumes mouillées. Puis, il s’envole vers l’éternité, au-delà des barrières du parc, par-delà les villes et la campagne.
(Août 2008)

2 commentaires:

Laure a dit…

J'aime bien l'image de la soliude que tu donnes. Et la présence de ce sapin... Tu crois qu'on peut se sentir aussi seul face à un immeuble en plein centre ville ?

Les Mots Perdus a dit…

On peut se sentir seul partout !