dimanche 13 décembre 2009

Du virtuel au concret

J’ouvre une feuille word vierge. J’aurais pu choisir une page open office. Mais c’est encore instinctif, la bonne vieille feuille blanche word. Je pourrais la remplir d’un tas de choses, de tableaux par exemple, voire de tableaux excel que j’insèrerais… Je pourrai y insérer des photos à gogo, choisir de mettre la feuille en mode paysage, rajouter des puces, des traits, des couleurs…
Je suis d’ores et déjà en train de me questionner : est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux tout à l’heure, que je l’insère d’un bloc notes plutôt que de word, pour supprimer toute mise en forme, afin de pouvoir retravailler mon texte directement sur mon blog. J’en suis à ces questionnements maintenant. On pourrait presque parler de déformation professionnelle. Presque, parce que c’est loin d’être encore le cas !
Je travaille sur du concret virtuel. Des « nouveaux outils », plus si nouveaux que cela puisqu’ils ne cessent d’être dépassés. M’enfin un truc jugé concret par le grand public. Après le reste, ça ne compte pas.
Pourtant, je suis devant ma feuille blanche word, impuissante. L’éternel problème du sens mêlé à l’ « imagination ». L’écriture aphone. Ou pire : au milieu du stress quotidien naît la culpabilité de prendre une petite part de son temps pour soi, pour cet abstrait plus que virtuel, et l’écriture devient stérile.
J’essaie de l’attraper dès que possible, l’écriture. Pour ne pas la perdre complètement, me protéger d’une éventuelle frustration chronique. Mais il faut bien l’avouer, certains "exercice" ne fournissent pas un terrain d’entente unanime alors s’il faut oublier le sujet pour traiter le concret, je préfère me contenter du copier / coller.
Heureusement, il y a quelques rubriques à alimenter, de temps en temps, sur la plateforme au travail. Et bien sûr et surtout : les cours d’écriture !
Je regarde les livres posés autour de moi, certains prennent la poussière, d’autres sont empilés un peu maladroitement, certains sont légèrement cornés et s’entrouvrent discrètement… Mon virtuel concret en suspend.

lundi 5 octobre 2009

Déclaration de changement de situation à la CPAM

1. Situation actuelle
Apprentie
2. Situation antérieure à la situation N°1
Demandeuse d'emploi
Période sans emploi : du *** au *** Motif : Jeune diplômée









Les yeux fixés sur les arbres. Intensément. Le feuillage s'agite, légèrement.

vendredi 18 septembre 2009

Ce matin, à la radio, ils ont dit que mon voisin avait la grippe : "Votre voisin a la grippe, attention, vous êtes cernés". Ils disaient aussi qu'elle était très contagieuse, et que je risquais de l'attraper en prenant l'ascenseur, en touchant les poignées des portes, en me tenant à la rampe de l'escalier. Du coup, je ne savais pas quoi faire. Je suis resté chez moi. J'ai mis un masque. J'ai à peine osé répondre au téléphone. C'était un mec qui m'appelait pour me dire que mon ordinateur était menacé par un virus de type "cheval de troie" très puissant, et que je devais à tout prix, si je ne voulais pas prendre de risques, acheter un anti virus plus puissant que le mien. J'ai répondu au monsieur que mon voisin avait la grippe, alors il a raccroché. J'ai du lui faire peur. Ensuite, j'ai commencé à avoir un peu faim. L'ennui, c'est que je n'avais plus rien à manger, enfin presque plus rien, en vérité, il restait quelques pâtes au fond d'un vieux sachet. Rien qui puisse les accompagner. Faut dire que je n'achetais plus de légumes depuis plusieurs semaines, on ne sait jamais, un grippé aurait pu les toucher... Sans parler de la viande. Quand on entend le nom de ces nouveaux virus, on se dit qu'il vaut mieux éviter de manger des animaux. Ca m'embêtait quand même de manger mes pâtes seules, comme ça. Parce qu'à la télé, ils écrivent toujours qu'il faut manger au moins cinq fruits et légumes par jour. J'étais un peu perplexe. Je me suis lavé les mains avec un antibactérien qui paraît-il est le meilleur remède contre les attaques virales. J'ai fait bouillir de l'eau en bouteille parce que l'eau du robinet pourrait être contaminée par des fanatiques de la terreur. J'ai retiré mon masque et j'ai mangé mes pâtes. L'après-midi, je n'avais rien à faire. Je n'osais pas allumer mon ordinateur, à cause du type du matin. Je n'avais pas envie d'entendre encore parler de mon voisin à la radio. Alors j'ai allumé la télé. Il y avait une émission qui annonçait enfin l'arrivée salvatrice du grand vaccin miracle contre la toute nouvelle grippe ! Il y en avait, paraît-il, des millions en stock ! J'ai donc décidé de ne plus sortir de chez moi et de faire venir mon médecin à domicile. Il apportera la solution à mon problème. Après l'émission, il y avait un message qui disait que pour ma santé, je devais bouger plus. Alors j'ai fait quelques kilomètres sur mon vélo d'appartement. J'ai été interrompu par un sms de mon frère. Il me demandait conseil pour son fils. Devait-il le laisser continuer d'aller à l'école ? Je lui répondis que, bien sûr, il serait préférable, qu'il le garde chez lui, à l'abri. Je lui parlais aussi de la solution miracle, le vaccin. En soirée, je voulais me fumer une petite cigarette pour me détendre, me remettre de mes frayeurs de la journée. Mais sur le paquet, il y avait écrit que j'allais mourir.

J'avais oublié que j'étais mortel.

mardi 9 juin 2009

Un message pour ma nouvelle

Sous les dents avides d'une machine acérée a été écrite pour un concours organisé par une "association régionale pour l'amélioration des conditions de travail" en languedoc roussillon. Je viens de découvrir dans ma boîte mail la réponse à cette participation. La voici :
"Tout d'abord merci de votre participation à notre concours de nouvelles.
Le jury s'est réuni la semaine dernière pour statuer sur l'issue du concours.
J'ai la grande joie de vous annoncer que votre nouvelle fait partie des nouvelles retenues pour être publié dans le recueil de nouvelles."
Eh bien, le Pôle Emploi aura au moins mené à quelque chose...

mercredi 29 avril 2009

Sous les dents avides d'une machine acérée


Ce matin, je suis allée, pleine d’espoir, à mon premier rendez-vous pour l’emploi. J’ai préparé attentivement tous les papiers nécessaires, tracé mon itinéraire à travers les recoins méconnus de la banlieue où on m’envoyait. Curieuse de ce que je découvrirai peut-être, je me suis levée de bonne heure. J’ai bondi dans les transports en commun, comme pour un départ en voyage. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait, ni de la diplomatie du temple emploi.
J’ai franchi la porte de l’administration. Il y régnait une étouffante chaleur. Des gens allaient et venaient, un mélange d’ethnies et d’âges. Le personnel en nombre restreint tentait de gérer ces flux. On m’a dit d’attendre devant une porte à code chiffré. Peut-être qu’un jour ces portes seront blindées. On n’est jamais trop prudent. D’ailleurs, « dans le cadre du plan Vigipirate », les toilettes sont fermées à clefs. Un terroriste pourrait s’y faire sauter. Ou un demandeur d’emploi s’y suicider…
Une personne est arrivée, elle m’a nommée. Je lui ai dit bonjour poliment.


Me voilà donc assise dans un box, sans aucune discrétion, parmi d’autres embarqués. Après quelques jeux de regards embarrassés et quelques hésitations, je sens l’impatience de mon interlocuteur qui croît. Le temps presse : dans le couloir, ils sont des dizaines, et la journée ne fait que commencer. Je suis, je crois, du temps perdu. Je ne corresponds à aucun code concret, je ne suis qu’un profil abstrait qui se soustrait à toute catégorie. Comment m’inscrire dans le logiciel ? Je bégaie, j’utilise toute mon énergie pour ne pas fondre en larmes, et j’en convaincs moi-même, c’est vrai, oui vous avez raison, je ne sais « rien » faire. Ma mémoire parcourt ces six dernières années avec rapidité, le temps d’un silence.


La pièce est longue et large. Il règne une odeur de poussière métallique et de graisse. L’immense machine s’élève au centre de l’atelier, avec ses dents en acier, et ses mécanismes si complexes. Elle parle en continu, dans un bruit de pompes gutturales suivi d’un crissement aigu – fusion de deux plaques de fer –, régulièrement, infatigable. Maîtresse des lieux, la presse s’impose. Il n’y a plus qu’elle, omniprésente, elle qui s’immisce jusque dans la plus profonde intimité des employés, les berce et les maintient éveillés à la fois.
Il fait une chaleur caniculaire : ici, les appareils ne nécessitent pas d’être refroidis par la climatisation. Trempée de sueur, j’emballe de petits appareils. En cadence. Alors, je ne peux m’empêcher de penser au film Dancer in the Dark, où l’héroïne, Selma, se met à danser et à chanter au rythme des machines, tout en se tuant au travail pour faire vivre son jeune fils. Les membres engourdis, les poignets affaiblis par la répétition des gestes, toujours ces mêmes gestes (plier les boîtes en carton, les remplir d’une notice d’explication pour l’installateur, placer le petit appareil accompagné d’un boulon en plastique noir, d’un joint transparent et d’un couvercle jaune, fermer la boîte, enfin y coller une étiquette blanche portant le numéro de série), je m’applique du mieux que je le peux.
Une horloge est accrochée en évidence au dessus de la grande porte battante. Quand bien même je cherche à me recueillir en mon for intérieur, le monstre temps est là pour me rappeler chaque secondes : interminables. Les jours se conjuguent dans leur régularité invariable de métronome. Du levé au couché, tout est réglé. Le regard reste accroché aux aiguilles, et Baudelaire résonne : « Souviens-toi que le Temps est un joueur avide ! » C’est l’éternité qui se renouvelle à l’infini. Un combat interne et très intime qui se divise puis s’agrippe en chacun des ouvriers.
Dans ce monde de silence et de bruits soporifiques, les yeux développent de nouveaux sens, ils scrutent, ils cherchent à capter absolument tout ce qui, l’espace d’un instant, aussi futile soit-il, pourrait se transformer en de la distraction. Une tâche de sueur sur une chemise, le passage d’un homme à la moustache noire dans l’allée centrale, les gestes saccadés d’un collègue portant d’épaisses lunettes de sécurité assis le dos voûté, le chef du chef – un gros monsieur assez calme – arrivant pour le compte-rendu matinal avec le responsable du service ou encore les allées et venues du factotum un peu pataud.
Mais le plus lourd à supporter, c'est le poids des obsessions, ce face à face sanglant dans les profondeurs de soi, l'inutile combat contre les souvenirs, cette ronde fourchue d'images et de paroles incolores diluées et remuées dans le temps. Comme un brouhaha continu que chaque seconde passée dans cet atelier ravive : le sourire sournois de la grosse presse sous la chaleur écrasante.


Le conseiller survole rapidement mes diplômes avec un air de dédain soudain. Si j’espère trouver du travail, il me faudrait au moins un bts ou un bac pro, il faudrait que je passe des concours ou que je me réoriente, oui mais vers quoi ? Je regarde mon locuteur fixement, en guise de réponse, il me dit : « c’était à vous de réfléchir avant de choisir de faire ces études ! », tandis qu’un faux sourire laisse entrevoir l’espace d’un court instant ses dents jaunes. Je me sens poussée vers le bas, vers un vide immense, un boulet enchaîné à mes pieds, mon master de lettres modernes, ma passion affichée et affirmée pour l’écriture et la littérature froissée, déchirée, brûlée avec un soin tout particulier, en quelques secondes, quelques mots, un soupir et un regard mi-clos.


J’avais toujours rêvé d’écrire un mémoire. Traiter d’un sujet qui me plairait, poursuivre sans cesse des recherches, établir un plan afin d’ordonner des idées. Pendant deux ans, je m’étais accrochée à mon projet. Je l’avais mené jusqu’au bout. Un travail sans début ni fin, sans trêves ni vacances. J’avais rédigé plus de cent pages en m’efforçant d’être rigoureuse et précise. En toute autonomie, j’organisais la rédaction de ce mémoire, j’écrivais tous les jours. J’alternais mes allées et venues dans les bibliothèques, je restais constamment à l’affût de tout colloque, de toute conférence. Curieuse, je ne voulais pas en rester aux frontières de ma problématique, poussant sans cesse plus loin la réflexion menée.
En parallèle et dans le cadre des cours, il me fallait préparer régulièrement de longs exposés, sur des sujets précis, qui n’avaient pas nécessairement de rapport avec mon travail central. Il fallait pour cela entreprendre les mêmes démarches que pour le mémoire, mais dans une durée restreinte qui ralentissait mes recherches initiales.
Tous les étés, pour financer mes études, la grande presse m’adressait son plus grand sourire, ses longues dents acérées pointées vers moi. J’étais prête à tout supporter pour retourner en cours à la rentrée.


J’accepte d’être inscrite à une espèce de bilan de compétences – les explications restent vagues – qui se déroulera dans un mois. Une main me tend un papier de récapitulation sur lequel figurent des fautes d’orthographe. Je sors. C’est au suivant, il faut enchaîner, vite.
Je fais quelques pas dans la rue. En moi, tout se bouscule. Je ne parviens décidément pas à me confronter à la réalité : je suis trop jeune, trop diplômée, mais je n’ai pas le bon diplôme, je n’ai pas assez d’expériences, trop, pas assez. L’ère du temps est à la production non à la création, à l’incessante reproduction, non à la « récréation ».

jeudi 23 avril 2009

jeudi 9 avril 2009

Service après vente de l'autruche



Je ne sais pas me vendre. Je n’ai pas de label. Je ne me suis pas créée des effets spéciaux et de fait, je ne brille pas. On ne me voit pas.
J’ai été jugée brillante pendant toutes mes études : mentions, encouragements. Mais je ne suis pas sous garantie, j’ai du oublier de souscrire à une assurance, on nous en propose tellement… Alors, maintenant je périme. Ce n’est pas facile de pourrir ainsi, le cerveau devient mou, la paresse s’installe, les heures tournent, passées à s’oublier. Tout le savoir dont je me suis empiffrée pendant des années s’enfuit, comme de la matière gazeuse. Rien pour le rattraper.

Je deviens une sorte de parasite : un truc qu’on ne laisse pas approcher, on risquerait de me vomir. Dangereuse ou incapable ? C’est une lutte interminable, celle d’un préjugé de base – devenu un fait commun en France – contre un mollusque impuissant.
Une autruche ferait mieux de ne pas vouloir sortir la tête du sable…

mardi 17 février 2009

L'oiseau en cage

La rage se soulève sous la pluie d’un ennui brutal. Un jour lourd sous un ciel baudelairien, un soleil mort.
La chambre est petite et mal éclairée. Le parquet craque. Une folle échevelée regarde par de petits carreaux rectilignes la cime d’un grand sapin, raide et froid. Elle ne bouge pas, son regard est fixe. Derrière l’arbre massif, il y a un jardin, un grand jardin laissé à l’abandon où poussent les mauvaises herbes couchées par les longues pluies de l’hiver, une immensité sans vie. Et le regard, au risque de se perdre, se fixe, seul, sur le sapin uniforme.
Elle a la bouche entrouverte. Dans le silence qui l’entoure résonne le râle de sa respiration régulière et profonde. La solitude est une muselière aux harnais infaillibles. Sur une table en bois, à l’arrière de la pièce sont disposés quelques dessins aux traits violents et aux couleurs tourmentées par des jeux d’ombres et de reflets : ils représentent les branches d’un sapin difforme. Sinon, rien. Rien que des crayons de couleurs et quelques dessins. Puis le vide désert. Des murs blancs, des draps blancs, une vieille table et derrière les barreaux de la fenêtre, le grand sapin qui domine le parc.
La pièce est totalement insonore. Tout paraît calme, trop calme, presque indolore et la puissance des hurlements internes de la pauvre folle échevelée ne parvient pas à traverser la fenêtre close ni à toucher l’arbre solitaire.
Sur une branche, un moineau chantonne sous la pluie. Il secoue ses plumes mouillées. Puis, il s’envole vers l’éternité, au-delà des barrières du parc, par-delà les villes et la campagne.
(Août 2008)

jeudi 5 février 2009

Après plusieurs mois de silence, je laisse parler de lui-même ce petit message : elle est étrange la sensation d'aller dans les librairies qu'on apprécie et de demander un ouvrage pour lequel on épelle soigneusement son propre nom de famille, avec un soin aussi méthodique que s'il s'agissait de tout autre acte administratif ou officiel de "tous les jours". Le livre est sorti officiellement aujourd'hui même. Cela fait des semaines que je l'attendais, ce jour. Une fierté sans limites. Se retrouver à la caisse d'une librairie, un livre de sa soeur en main !




Un article dans Le Monde des livres devrait suivre très prochainement.