« Les expériences de la vie sont incommunicables et c’est ce qui cause toute la solitude. » (Les Vagues)
« Elle ne dirait plus jamais de personne, il est ceci, il est cela. Elle se sentait très jeune ; et en même temps incroyablement âgée. Elle tranchait dans le vif, avec une lame acérée ; en même temps, elle restait à l’extérieur, en observatrice. Elle avait, en regardant passer les taxis, le sentiment d’être loin, loin, quelque part en mer, toute seule ; elle avait perpétuellement le sentiment qu’il était très, très dangereux de vivre, ne fût-ce qu’un seul jour. Elle n’avait pas pour pourtant le sentiment d’être particulièrement intelligente, ni d’avoir quoi que ce soit de spécial. » (Mrs Dalloway)
« Car c’est cela, la vérité en ce qui concerne notre âme, notre moi qui, tel un poisson, habite les fonds marins et navigue dans les régions obscures, se frayant un chemin entre les algues géantes, passant au-dessus d’espaces tachetés de soleil et avançant, avançant toujours, jusqu’à plonger dans le noir profond, glacé, insondable ; soudain l’âme file à la surface et joue sur les vagues ridées par le vent ; c'est-à-dire qu’elle éprouve l’impérieux besoin de se bouchonner, de s’astiquer, de s’ébrouer, à écouter des potins. » (Mrs Dalloway)
« Cela avait-il la moindre importance qu’elle dût un jour, inévitablement, cesser d’exister pour de bon ; le fait que tout ceci continuerait sans elle : en souffrait-elle ; ou n’était-ce pas plutôt une pensée consolante de se dire que la mort était la fin des fins ; mais que pourtant, en un sens, dans les rues de Londres, dans le flux et le reflux, ici et là, elle survivrait, […] elle en était convaincue, dans les arbres de chez elle, dans la maison, si laide, si délabrée qu’elle fût ; dans les gens qu’elle n’avait jamais connus ; elle s’étendrait comme une brume entre les gens qu’elle connaissait le mieux, qui la soulèveraient sur leurs branches comme elle avait vu les arbres soulever la brume, mais, cela s’étendrait loin, si loin, sa vie, elle-même. » (Mrs Dalloway)
Virginia Woolf (1882-1941) est l’une des plus grandes femmes écrivains d’Angleterre. Elle perd sa mère très jeune, puis plusieurs proches. Les nombreux deuils la plonge régulièrement dans un état de dépression doublé de crises de folie. Avec son mari, Leonard Woolf, ils fondent une maison d’édition, la Hogarth Press. Elle écrit énormément. Son style sonde les profondeurs humaines. Elle finit par se suicider.