dimanche 18 novembre 2007

Tableau gris

« Je suis prise d’un soudain goût de nostalgie amère, j’écoute des airs angoissés, qu’importe, ces mélodies, ce sont un peu les tiennes, elles font partie de ton monde, ou plutôt devrais-je dire, elles font partie de mon monde, de celui que j’ai créé à partir du tien, de ton monde vu à travers le mien, ou l’inverse. J’ai envie de te parler, Joris. Alors, je laisse libre cours à mon écriture, l’une de mes seules armes contre la réalité, au moins, une chose est certaine, mes mots peuvent surgir, sans crainte, sans gêne, et mieux, sans risque même que tu ne les lises un jour (du moins, ce jour n’est pas encore venu, peut être, un jour, viendra-t-il, ce jour ?). Les mots me tuent toujours un peu, n’est-ce pas perdre de soi même, écrire ? Donner, sans retour, sans partage. Qu’importe, cela reste à l’image de mon Amour pour toi. Il y a des choses qu’on ne nomme pas, des choses qu’on n’explique pas, celle-ci en fait juste partie.
Notre Histoire est teintée de noir et de blanc : je n’y vois pas de couleurs vives, mais tout un dégradé de noirs, de blancs, en passant par les gris. C’est un miroir sur un mur, dans lequel tu parais le visage tourné vers une porte à demi fermée, la porte est éclairée, gris blanc, par une fenêtre invisible, mais derrière la porte, le noir est dense. Tu es au centre, une partie de toi est éclairée, -par cette fameuse fenêtre que l’on ne peut voir-, l’autre partie est dans l’ombre, dans un noir sombre, mais tu es aussi au centre du miroir, ce qui inverse les jeux de clairs obscurs. Dans un petit coin du miroir, dans un gris foncé discret, on devine plus qu’on ne voit un œil, presque imperceptible, qui regarde ton reflet dans le miroir, c’est moi, je suis hors cadre. »

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