dimanche 18 novembre 2007

Les clés de l'intériorité

Il arrive d’entrer dans un appartement et de s’y sentir, dès le premier instant, mal à l’aise, -comme attaqué par une odeur âpre, une couleur criarde- alors, il faut se terrer dans un coin, se faire tout petit, en attendant de partir. Il arrive de pénétrer dans un studio, et de se sentir immédiatement chez soi, s’asseoir par terre au beau milieu de la pièce, chauffé comme par un rayon de soleil, vouloir y rester sans compter les heures.
Il y a de vieilles maisons en pierres, immenses et froides, qui sentent l’humidité : des couloirs partout, héritage des générations. Il y a des chalets en bois dans lesquels un feu crépite allègrement pendant que la pluie résonne et glisse sur les tuiles.
Certaines portes sont hermétiquement closes (souvent, elles sont immenses et métalliques), d’autres, entrouvertes, laissent percer un brin de lumière ; certaines portes s’ouvrent et ne se referment jamais (ni verrou, ni cadenas, ni clé), d’autres, totalement ouvertes, claquent au premier courant d’air. Certaines fenêtres sont condamnées par l’envahissement naturel (branches, ronces, lierres), de petites lucarnes peuvent offrir de beaux paysages mais peu d’air ; certaines fenêtres s’ouvrent sur la mer et l’infinie courbe droite de l’horizon, de petits velux peuvent laisser pénétrer un ciel étoilé.
Il existe des pièces aux murs blancs, de ce blanc régulier et lisse, irrémédiable, des pièces ornées de vieilles tapisseries à grosses fleurs multicolores, des pièces qui sentent le gâteau au chocolat, des pièces parsemées de cartes postales et de photos, souvenirs impérissables, des pièces désertées, abandonnées, vidées, dans lesquelles s’amasse jour après jour un tas de poussière qui ne sera jamais nettoyé, des pièces agencées de rideaux en velours, des pièces où se réverbèrent des musiques enchanteresses, voire envoûtantes, aphrodisiaques, des pièces aux plafonds encerclés de frises interminables, il existe des pièces sombres dans lesquelles chacun se perd toujours un peu plus…
Sans parler de tous ces lieux de passages furtifs : la tente qui se plie, se déplie, se replie, les gîtes, les squats, les ponts, les grottes, les cabanes de jardin,…
Oui, l’humanité, la vie et le cœur ont des recoins, des courbes, des formes insoupçonnés, et infiniment variés.
M. R.

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